Employeurs, représentants du personnel, prévenez les conduites addictives de vos salariés

| Publié le 20 janvier 2023 | Dernière mise à jour le 23 janvier 2023

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Alcool, tabac, cannabis, médicaments, écrans, jeux…le large spectre des conduites addictives reste en entreprise un sujet encore tabou. Or, celles-ci peuvent avoir des conséquences sur la santé et la sécurité des salariés. Les pouvoirs publics ont décidé d’aider employeurs et représentants du personnel du secteur privé ou public à mieux prévenir ce fléau en leur proposant un accompagnement gratuit pour élaborer et conduire une démarche de prévention sur mesure.

Lancé en octobre 2021 par la MILDECA [1], le dispositif ESPER (« les Entreprises et les Services Publics s’Engagent Résolument) propose à toute organisation employant du personnel (entreprises, associations, collectivités, administration…) de signer une charte de prévention des conduites addictives en milieu de travail structurée autour de 4 grands engagements :

  • Définir un projet global de prévention et de promotion de la santé en milieu de travail
  • Instaurer un dialogue et un climat de confiance
  • Mettre en œuvre une démarche de prévention non stigmatisante
  • Accompagner les travailleurs vulnérables et prévenir la désinsertion professionnelle

Fin 2022 au niveau national, 38 organisations avaient signé la charte (voir la liste), et cela concernaient essentiellement des salariés (environ 380 000) de très grandes entreprises, administrations et collectivités locales.
En Centre-Val de Loire, le 4ème Plan régional santé au travail, porté par les organismes préventeurs et les partenaires sociaux, intègre la promotion du dispositif ESPER via son action N°15 (voir encadré ci-dessous). On peut donc espérer que davantage de PME ou de collectivités de taille moyenne soient à l’avenir signataires dans notre région.

Une situation préoccupante sur le lieu de travail

L’exploitation des données issues de la cohorte Constances [2] par la MILDECA dresse un constat préoccupant concernant la consommation de tabac, d’alcool, de cannabis et de médicaments psychotropes par les salariés et agents publics. En effet, si tous les métiers sont concernés par la consommation de substances psychoactives, il apparait que certains secteurs sont plus exposés que d’autres, notamment ceux des arts et spectacles, de la restauration/hébergement, de l’agriculture, du transport ou de la construction. Par ailleurs, l’usage d’alcool, de tabac ou de cannabis est associé à des risques augmentés de perte d’emploi, d’autant plus importants que la consommation est intense. De même, il est avéré que le risque d’accidents du travail graves est multiplié par deux dès lors qu’un salarié fait une consommation d’alcool excessive (au-delà de 2 verres par jour chez les femmes et 4 verres par jour chez les hommes).
Enfin, il a été constaté, que l’isolement au travail et l’augmentation des objectifs liée à celle de la charge de travail jouent un rôle dans la hausse des consommations de substances psychoactives, comme cela s’est passé pendant les six premiers mois de la crise sanitaire.

Chiffres clés issus de la Cohorte Constances (2)
  • La tranche d’âge la plus concernée par les consommations d’alcool, de tabac et de cannabis se situe chez les jeunes adultes (18-35 ans).
  • 27% des hommes actifs et 23% des femmes actives sont fumeurs.
  • 19,8% d’hommes actifs et 8% de femmes actives ont un usage dangereux de l’alcool.
  • 8% d’hommes actifs et 4% de femmes actives consomment du cannabis au moins une fois par semaine.
    Voir l’étude détaillée de la MILDECA

Des actions de sensibilisation d’ores et déjà programmées

Au niveau national, 43 organismes partenaires ayant une expertise sur la prévention des conduites addictives s’étaient engagés fin 2022 pour promouvoir le dispositif ESPER auprès des réseaux d’employeurs (voir le 1er bilan national d’ESPER).
En Centre-Val de Loire, 3 organismes sont partenaires ESPER : l’ARACT [3], Addictions-France dans le Cher et le centre de gestion de la fonction publique territoriale d’Eure-et-Loir (CDG 28).
D’Ores et déjà, L’ARACT et Addictions-France 18 s’associent et collaborent pour organiser des actions d’information/sensibilisation sur les addictions afin d’inciter toute organisation privée ou publique à signer la charte ESPER et pouvoir ainsi bénéficier d’un accompagnement gratuit constitué au choix :
-  D’une formule « atelier » : un parcours de 5 demi-journées obligatoires sur 5 thématiques spécifiques
-  D’une formule « Club »  : possibilité de participer à des demi-journées ou des journées pour approfondir des thèmes spécifiques et échanger sur les pratiques de chacun.
Ces deux formules d’animation ont vocation à valoriser les bonnes pratiques, et soutenir les entreprises dans la mise en place de démarches cohérentes de prévention collective et individuelle des conduites addictives.

A savoir : Les signataires d’ESPER, en devenant membres d’un réseau d’entreprises et de services publics engagés, ont aussi accès à de nombreuses ressources juridiques et méthodologiques sur un espace numérique dédié.


Bienveillance et démarche inclusive

« L’interdiction de consommer des substances psychoactives et les mesures disciplinaires ne constituent pas à elles seules des mesures de prévention efficaces. Elles peuvent au contraire encourager les consommations cachées » stipule la charte ESPER qui encourage le chef d’entreprise à instaurer dès le départ un climat de confiance. Cela passe par une formation de l’encadrement, du service RH et des représentants du personnel afin qu’ils soient mieux à même d’ouvrir ensuite le dialogue sur le sujet avec leurs collaborateurs. Il s’agit aussi de veiller à déceler et prohiber les situations de harcèlement ou de travail générant du stress ou du mal-être. Vigilance par ailleurs sur les risques d’hyperconnexion qui peuvent entraîner des formes de cyberdépendance, d’où la nécessité de promouvoir des règles de bon usage des outils numériques (gestion des mails, des visio-conférences…) au moment où l’on assiste depuis 2020 au développement du télétravail.
Enfin, l’entreprise doit pouvoir apporter un soutien adapté aux salariés en difficulté au regard de leur consommation ou de leurs comportements addictifs dans une perspective de prévention de la désinsertion professionnelle. Cela se traduit entre autres par le recours à des structures extérieures spécialisées en s’attachant bien sûr à respecter la confidentialité dans la démarche de soins.
En définitive, le choix de s’engager dans la démarche ESPER est un investissement gagnant pour le chef d’entreprise. Il pourra le faire valoir pour attirer et conserver des talents dans le cadre sa marque employeur et à terme devrait en tirer profit au regard de la performance globale de son entreprise. Car comme le rappelait un psychiatre addictologue au CHU de Caen, « les addictions représentent 10% des arrêts de travail. Elles sont la cause d’accidents, d’absentéismes, de conflits, de pertes de motivation et d’erreur de décision ».

Pour en savoir plus, contactez en Centre-Val de Loire :
ARACT Centre-Val de Loire : s.mounier@anact.fr
France-Addictions 18 : csapa.bourges@addictions-france.org
Centre de gestion de la fonction publique territoriale d’Eure-et-Loir : medecine.preventive@cdg28.fr

ESPER intégré au sein du Plan régional Santé au Travail (PRST4)
Le dispositif ESPER est promu dans le cadre du Plan Régional Santé au Travail (PRST4) dont l’action 15 est dédiée au développement de l’articulation des acteurs Santé Travail et Santé publique dans le cadre de campagnes d’information, d’accompagnement sur les maladies chroniques, la vaccination ainsi que les addictions. L’un des objectifs de cette action est de construire, promouvoir et capitaliser les actions de prévention des addictions, le dispositif ESPER y contribue fortement, en lien avec d’autres actions régionales.

Notes

[1Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives

[2Cohorte épidémiologique française constitué d’un échantillon représentatif de 200 000 adultes de 18 à 69 ans

[3Agence régionale d’amélioration des conditions de travail