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« Nous associons tous les acteurs, y compris les personnes concernées à la conduite de nos actions »

| Publié le 10 décembre 2021 | Dernière mise à jour le 14 décembre 2021

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La Vème conférence régionale des acteurs de la prévention et de lutte contre la pauvreté a réuni en distanciel le 22 novembre dernier 265 participants en présence de Marine JEANTET, déléguée interministérielle, en charge de cette priorité nationale lancée en 2018 par le Gouvernement.

Représentants de collectivités territoriales, du monde associatif et des services de l’Etat ont échangé à cette occasion sur les actions concrètes déjà initiées dans le cadre de la feuille de route régionale, présentée par Régine ENGSTRÖM, Préfète de région.
Les personnes concernées ont elles aussi pu exprimer leurs attentes et leurs points de vue concernant certains dispositifs déployés. Retour sur cette conférence et ses enjeux avec Jean-Yves DOUCHEZ, commissaire à la lutte contre la pauvreté en région.

DREETS Infos : Dans le cadre de cette Vème conférence, vous avez souhaité donner la parole aux acteurs associatifs ?

Jean-Yves DOUCHEZ : Oui, le monde associatif remplit un rôle clé dans la mise en œuvre de nos actions en faveur des personnes démunies. Il est un partenaire continu de l’État, y compris depuis 24 mois dans le contexte sanitaire si particulier que nous connaissons. Nous avons donc confié à deux réseaux associatifs régionaux, l’URIOPSS (1) et la Fédération des acteurs des solidarités (FAS) le soin de préparer et d’animer les deux tables rondes de cette conférence. Nous organisons ce type d’échange tous les six mois. C’est l’occasion de faire un point d’étape, de mettre en avant les bonnes pratiques repérées sur le terrain et de présenter le cas échéant de nouvelles mesures.

DI : Une de ces tables rondes se proposait de revenir sur « l’automne de la participation ». De quoi s’agit-il ?

JY DOUCHEZ : la participation des personnes confrontées à la pauvreté à la mise en œuvre et à l’amélioration des actions conduites en leur faveur fait partie de la matrice de la stratégie nationale et de sa déclinaison régionale. Avec la FAS, nous avons invité ces personnes à 6 événements (un par département) à l’automne dernier afin qu’elles nous livrent leur ressenti à l’égard de plusieurs mesures qui ont été déployées dans les territoires. Il s’agissait par exemple des petits déjeuners gratuits dans les écoles, de l’accompagnement vers l’emploi des bénéficiaires du RSA, de l’offre « 100 % Santé » ou « zéro reste à charge » pour les lunettes, les audioprothèses et les soins dentaire lancée en 2019… Concernant cette dernière mesure, nous nous sommes, par exemple, rendu compte, grâce aux témoignages de plusieurs personnes concernées, que le « 100% santé » semblait être davantage utilisé par les classes moyennes que par des personnes issues de milieux défavorisées qui n’y recouraient pas faute de le connaître. Nous allons donc prochainement communiquer de nouveau sur ce dispositif auprès notamment de tous les travailleurs sociaux.

DI : L’insertion durable des jeunes dans la vie active est un axe majeur de votre stratégie régionale ?

JY DOUCHEZ : Oui, c’est un enjeu clé qui structure une de nos 4 priorités intitulée « Prévenir et lutter contre les précarités chez les jeunes ». En région, il faut savoir qu’avant l’apparition du COVID, les jeunes étaient déjà surreprésentés parmi les personnes en situation de pauvreté. Leur part était de 23% pour les jeunes hommes et de 27% pour les jeunes femmes de moins de 30 ans. Pour faire face à ce fléau, nous conduisons des actions de court, moyen et long terme.
Pour ce qui est du court terme, 53 000 jeunes ont pu d’ores et déjà bénéficier d’une des solutions proposées par le Plan national « 1jeune1solution ». Il s’agit le plus souvent d’un accompagnement personnalisé vers l’emploi proposé par les missions locales ou Pôle emploi, combiné si besoin avec un soutien financier, prévu dans des dispositifs comme la « garantie jeunes » ou les « PACEA ». Mais cela peut être aussi l’entrée de jeunes en service civique, leur accès à une formation, ou l’intégration à la « promo 16-18 » mise en œuvre par l’AFPA.
S’agissant des actions dont l’impact ne sera visible qu’à moyen terme, on peut citer toutes les initiatives prises pour identifier et remobiliser les « décrocheurs ». A nouveau en région, selon l’INSEE, 20% des jeunes de 15 à 29 ans étaient en 2019 ni en formation, ni emploi. Beaucoup d’entre eux ne sont d’ailleurs pas inscrits à Pôle emploi ou dans une mission locale. L’enjeu est donc d’aller les chercher et de les réinscrire dans un parcours. Avec le Conseil régional, nous allons prochainement expérimenter sur trois communes volontaires un dispositif que nous avons appelé « Territoire zéro non recours pour les 15-19 ans ».
Par ailleurs, j’attends beaucoup du nouveau « Contrat engagement jeunes » qui prévoit pour les jeunes très éloignés de l’emploi, un accompagnement intensif de 15 à 20 heures par semaine au minimum avec un temps d’immersion en entreprise systématique tous les mois. Nous y travaillerons avec l’ensemble du réseau des DDETS et DDETS-PP, animé par la DREETS.
Enfin, je n’oublie pas toutes les actions de prévention que nous avons mis en place pour les enfants (dédoublement des classes en REP et REP+, « devoirs faits » dans les collèges…) qui porteront leurs fruits uniquement à long terme pour les futurs jeunes. L’éducation reste à mes yeux le levier essentiel pour casser le schéma de reproduction de la pauvreté.

DI : La quatrième priorité de la feuille de route régionale s’intitule « Construire le parcours de l’insertion à l’emploi ». Quels sont les publics visés ?

JY DOUCHEZ : L’accès à l’emploi fait partie des 3 piliers de notre stratégie visant une sortie pérenne de la pauvreté par le travail. Ces parcours « de l’insertion à l’emploi » concernent avant tout les bénéficiaires du RSA ainsi que les chômeurs de longue durée. En région, 40% des personnes en situation de pauvreté sont des chômeurs de longue durée.
Le premier levier que nous avons actionné pour mettre en place ces parcours repose sur les contrats signés avec chaque Conseil départemental dans lesquels nous leur demandons de développer leur offre de service envers les bénéficiaires de RSA.
Le second s’appuie sur l’essor des parcours d’accompagnement global et intensif assurés par Pôle emploi. Nous militons pour que chaque conseiller Pôle emploi impliqué dans ces parcours dispose bien d’un référent unique au sein du conseil départemental afin de faciliter la résolution de tous les problèmes d’ordre social (transport, santé, logement…).
Enfin le troisième levier est basé sur le développement progressif du « service public de l’insertion et de l’emploi » (SPIE) qui doit permettre à toutes les structures appelées à intervenir dans le parcours vers l’emploi d’une personne (Conseil départemental, Pôle emploi, CAF, Cap emploi, mission locale, CCAS, acteurs de l’IAE, etc.) de mieux se coordonner et de simplifier les démarches de toute personne en voie d’insertion sociale et professionnelle.
Suite à un premier appel à manifestation d’intérêt (AMI) publié par le ministère en charge de l’emploi en avril 2021, les départements du Loiret et du Loir-et-Cher ont été retenus pour mettre en place le SPIE sur leur territoire respectif. Trois autres départements de notre région (Cher, Eure-et-Loir et Indre-et-Loire) viennent de répondre à un second AMI similaire. Ils sont donc dans l’attente du feu vert du ministère. Le projet du Conseil départemental 41 est intéressant car il a choisi de déployer le SPIE à l’attention bien sûr des bénéficiaires du RSA mais aussi des personnes en situation de handicap et des jeunes en difficulté. Nous allons donc pouvoir bientôt apprécier sur ces 3 publics la plus-value de cette nouvelle organisation des services publics concernés. Je ne doute pas que celle-ci sera positive et qu’elle ouvrira de nouvelles perspectives de résorption de la pauvreté au sein de ces populations menacées d’exclusion.

Propos recueillis par Pierre DUSSIN